Coline Première


Tu es arrivée dans notre vie contre toute attente et tu as aussitôt redéfini le paradigme de notre existence. Quel agréable choc affectif, quelle lumière d'espoir; mais qu'il est devenu depuis difficile de repartir sur les routes de notre nomadisme lointain.


Et comment écrire une chronique tendre quand on a été formaté trente ans à la rédaction administrative sèche et métallique?

Bref, se lancer à l'aube de la retraite sur les routes d'autres continents étaient une manière de prendre un peu de distance avec nos enfants, nos amis et nos relations, pour essayer de trouver la bonne place dans les rangs de ceux dont les qualités essentielles tiennent à leur disponibilité, à leur expérience et, peut-être, à leur sagesse.

Après une vie active bien remplie et un agenda trop plein, après des journées filant comme l'éclair et une existence faite de priorités, nous nous réjouissions de passer au mode de vie contemplatif et de jouir du temps qui passe. Nous ne savions pas que le nomadisme était une activité à plein temps et, surtout, nous n'avions pas prévu d'être obnubilés par ta frimousse et par tes gazouillis.

L'attente jouissive de te revoir a remplacé la pression de l'efficacité requise et nous avons abandonné la planification des tâches pour l'improvisation inhérente au nomadisme. L'agenda est toujours bien rempli, mais surtout, tu illumines nos pensées et tu justifies à toi seule le sens de notre dernier grand voyage: le plaisir du retour au milieu des siens.

Tu es notre première petite-fille, nous allons donc découvrir avec toi l'art d'être grands-parents. Nous avons commencé pendant les quelques mois passés récemment en Suisse. Quel bonheur! Et maintenant la douleur exquise de l'impatience de te retrouver. La joie aussi des photos et des videos dont tes parents nous gratifient, plein de compréhension.

Ayant remarqué ton plaisir à regarder les photos de ta mère, de ton père et de ta soeur aimantées au réfrigérateur, les jours où tu nous étais confiée, Fifi a eu l'idée de t'en donner une de nos deux portraits pour que tu ne nous oublies pas pendant nos six prochains mois américains. Les quatre secondes de la séquence où tu nous tient dans tes menottes en nous disant des mots gentils est un moment de pur bonheur. Nous t'aimons infiniment Coline. Merci Aurélia! Quelle chance de vous avoir inscrites au tableau de notre famille! A bientôt! Gros becs!


Houston, le 10 avril 2016 / RT


Musique: Pa-Pa-Pa-Pa-Pa-Pa-Papagena!, Wolfgang Amadeus Mozart.